Jatropha: cultive moi et tu verras… 24 avril 2008

L’avènement du Jatropha (plante à bio-carburant supportant climats et terres arides) cumulé à la hausse vertigineuse du prix du pétrole a suscité dans les pays sahéliens Ouest Africains et au Burkina notamment, un grand espoir quant à la lutte contre la pauvreté. Plusieurs programmes se sont alors mis en place en vue d’exploiter à grande échelle cette “manne” selon les termes du Larlé Naaba .
Cependant au moment où le monde entier se lamente à propos de la crise alimentaire, il conviendrait de réajuster le tir à propos de ce pétrole végétale.
Belwet-Nature Tech Afrique, Deutsche Bio Diesel, Agritech-Faso,… Les entreprises de biotechnologies pullulent présentement au Faso avec la bénédiction de nos autorités (cf. Déclaration de politique générale du Premier Ministre Tertius Zongo). Apparemment, l’exemple du coton ne nous a pas servi à en juger l’envergure de la campagne de promotion du Jatropha.
C’est là, un exemple concret du comportement de pute que fustigeait Eddy sur ce blog-même. D’abord, le coton, puis la Gomme Arabique (J’aimerais bien qu’on puisse me dire où ils en sont) et aujourd’hui le Jatropha pour lequel on ne tarit plus d’éloges: lutte contre la désertification, vertus médicinales, … et en prime le “Pétrole”! De quoi faire rêver nos paysans qui ne savent d’ailleurs plus à quel saint se vouer tant ils sont acculés par cette pléthore de programmes/promesses.
Le marché Burkinabè souffre actuellement d’une pénurie de riz. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de croitre. Ne gagnerons-nous pas à renforcer nos capacités dans la production de ces aliments plutôt qu’à se lancer dans des aventures dont l’issue peut être incertaine sans mentionner les dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer sur la production agricole vivrière ?
En effet, de plus en plus, des voix s’élèvent pour dénoncer l’illusion et la menace que représente cette nouvelle industrie aussi bien pour l’environnement (eh oui…) et l’agriculture de subsistance. A titre d’exemple, l’Allemagne, pays d’origine d’un des promoteurs du Jatropha, s’inquiète aujourd’hui de cette course effrénée vers le bio!
Par ailleurs, en supposant que le Jatropha connaisse tout le succès qu’on lui prédit. Et que tous les Occidentaux se mettent au bio-carburant. Où pensez-vous, qu’iraient leurs “vieilles machines au diesel”? On les recevraient ici, en Afrique, bien sûr, sous des formes déguisées comme pourquoi pas “programme d’aide au déplacement des populations rurales”, ou encore intégrée dans un des nombreux programmes de lutte contre la pauvreté! Que voulez-vous? Quand on a une voiture, on gagne du temps et… Time is MONEY!
Drôle, vous pensez? Et bien, la Côte d’Ivoire (avec d’autres pays d’Afrique Francophone) a fait l’expérience du télé-enseignement, dans les années 70 (!), à l’aide de téléviseurs Noir-Blanc (!) avec l’assistance des Français. Parce que tous les foyers Français souhaitaient bénéficier de la dernière révolution de la Télévision Française: la COULEUR! Il fallait dès lors, trouver un marché pour ces bons vieux postes…
Pas la peine de parler de l’issue de cette extraordinaire expérience!
Dans une telle atmosphère, il nous faudrait de la mesure avant de sauter sur ce diamant qui pourrait se révéler être un miroir. Peser le pour et le contre, aller lentement mais aussi sûrement, etc doivent être de mise. Une telle prudence pour ne pas se réveiller un matin, avec des milliards de dollars en poche, sans rien à acheter sur le marché sauf des armes uniquement pour défendre son lopin de terre!
PS: Wonb n’bâgma, tel est le nom du Jatropha en langue mooré, ce qui peut se traduire par “mange moi et tu me connaitras“, d’où le titre de ce post.
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Pourvu que ceux qui impulsent les politiques locales puissent te lire
Il faudrait que nos decideurs lisent un peu l’histoire et arretent un peu de penser qu’à leurs compte en banque.
A ce jour, l’Afrique n’est pas en mesure d’assurer soi-meme, ne serait que sa nutrition, parce qu’on cultive le cacao, le café, les biocarburants pour les autres. C’est à devenir fou cette histoire.
Et de l’autre côté, on est envahi par des tonnes et des tonnes de produits à la qualité douteuse (boeufs nourris au mouton, soja genetiquement modifié, etc), massivement subventionnés.
Notre seule voie de salut c’est un etat africain unique. Tant que nous ne l’aurons pas compris, ils continueront de nous maintenir en esclavage.